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Partie 1 :
Le nom du monde

Chapitre 1

La mort les empêchait d’ouvrir les yeux.

Elle les avait tenus prisonniers pendant des décennies, s’était assise sur un trône éternel qu’on lui avait plusieurs fois confié ; et elle refusait désormais de leur rendre la couronne.

Au fil du temps, son pouvoir s’était relâché et elle aurait dû capituler. Mais l’ennemi lui avait restitué son royaume, et la mort était restée reine des deux corps qui dormaient dans le caveau des Vespera.

Mais, enfin, son règne prenait fin.

Lorsque Astraïde sortit de son sommeil, chassant la mort la première, ses yeux s’humidifièrent. Elle sentit deux larmes couler le long de ses joues mais fut incapable de les essuyer. Son corps resta parfaitement immobile tandis que sa vue s’imprégnait de l’obscurité. Ses lèvres s’entrouvrirent mais ses cordes vocales ne produisirent aucun son.

Un gémissement se fit entendre à l’extérieur, et elle aurait sursauté si elle avait pu bouger. À la place, la surprise se mua en une étincelle électrique, qui la parcourut tout entière.

— Y a quelqu’un ? parvint-elle à lancer après plusieurs tentatives.

Le caveau demeura silencieux tandis que son corps s’éveillait enfin. Elle put tourner la tête vers les parois qui l’enfermaient. Elle sentit ses doigts retrouver leur liberté, puis ses mains et ses bras.

Patience, mon Astra. Patience. On ne chasse pas cinquante ans en cinquante secondes.

Astra esquissa un sourire alors que le souvenir partait comme il était venu : à la manière d’une bougie qui s’éteint, d’un souffle qui se disperse. La voix de son Sire l’aida à rester calme. Elle patienta encore quelques minutes, tandis que centimètre par centimètre, son être reprenait vie.

Quand elle le put enfin, elle posa deux mains à plat contre la pierre qui scellait sa tombe. Pendant quelques secondes, malgré tous ses efforts, il ne se passa rien.

Mais soudain, le couvercle se détacha du cercueil. Il se souleva de quelques centimètres, et cela suffit pour qu’Astra puisse glisser ses doigts dans l’ouverture, avant de pousser le couvercle vers ses pieds. Un bruit sourd envahit alors le caveau et, enfin, elle réussit à ouvrir la cage qui l’avait protégée pendant des décennies.

S’en extirper était plus difficile encore, et Astra savait ce qui l’attendait. Elle n’en était pas à sa première bataille contre la mort.

Ses longs cheveux cuivrés tombèrent devant ses yeux alors qu’elle se hissait en dehors du cercueil. Elle se laissa lentement glisser vers le sol, ressentant de plein fouet la faiblesse de son corps.

Soudain, elle lâcha le rebord auquel elle se retenait, et chuta bruyamment.

— À chaque fois… marmonna-t-elle en se retournant péniblement.

Allongée sur le dos, la poussière voletant autour d’elle, Astra attendit de retrouver ses forces. Tant qu’elle n’aurait pas bu, elle traînerait difficilement son corps vide, revenant à peine à la vie… si tant est qu’un vampire puisse encore être vivant.

Elle frissonna et baissa les yeux sur ses vêtements : son débardeur était déchiré et troué, le coton tombant en lambeaux sur ses hanches. Une partie de son sein était exposée, tout comme le bas de son ventre.

Astra soupira et se laissa retomber contre la pierre froide. Elle ignorait quelle bataille elle avait menée pour en arriver là, mais elle aurait besoin de nouveaux vêtements ; le maître des caveaux avait intérêt à avoir préparé le nécessaire.

Un frottement se fit entendre près d’elle, suivi d’un gémissement. Astra se redressa comme elle le put. Après un regard circulaire sur le caveau, elle se dirigea vers le seul autre cercueil fermé. Les autres s’étaient emplis de poussière, vides depuis trop longtemps pour se souvenir encore de ceux qu’ils avaient abrités.

Elle tendit l’oreille : un nouveau bruit, un mouvement peut-être… Oui, quelqu’un d’autre se réveillait.

— Patience, chuchota-t-elle près du cercueil. Ça revient lentement.

À l’intérieur, il y eut quelques bruissements en réponse, et Astra supposa que le vampire ne pouvait pas encore parler.

Aucun nom n’était gravé sur le couvercle en pierre, et Astra grimaça. Elle rebroussa chemin vers son propre cercueil, qu’elle trouva vierge, lui aussi. Ce n’était pas normal : les Vespera auraient dû y inscrire leur nom. Comment pouvaient-ils espérer garder trace de tous les vampires qui gisaient dans leurs caveaux, autrement ?

— A… Astr… c’est… toi ?

Elle fit volte-face.

— Miland ? C’est pas vrai…

— C’est… moi, murmura-t-il d’une voix faible.

Astra se retint au caveau et pencha la tête en arrière. Le mélange de soulagement et d’horreur était difficile à supporter, mais elle sourit finalement dans un souffle : Miland était avec elle, même six pieds sous terre.

— Aide-moi…

— Je ne peux pas, répondit-elle.

Elle plaça ses deux mains sur le couvercle, comme pour essayer de l’atteindre… tout en sachant pertinemment que la magie des caveaux l’en empêchait.

— Tu es le seul à pouvoir l’ouvrir, Miland. Après, je pourrai t’aider… Mais tu dois l’ouvrir.

Elle l’entendit remuer, puis tenter plusieurs fois sans succès.

— Sois patient, d’accord ? Laisse la mort disparaître…

Miland n’avait jamais eu le malheur de mourir. Aujourd’hui, ce n’était pas à son avantage. Sans compter que, de son vivant, Miland n’avait jamais eu la moitié de la force d’Astraïde. Ils n’étaient pas les mêmes vampires ; et la mort ne les avait pas rendus à ce monde dans le même état.

— Tu… te souviens ?

Dans la voix de Miland, Astra entendit toute sa panique. Elle-même, qui l’avait déjà vécu deux fois, ne pouvait s’empêcher d’angoisser devant le vide de son esprit. Celui-ci semblait conscient des souvenirs qui manquaient, sans parvenir à les récupérer.

Miland laissant son corps s’éveiller, Astra s’assit contre son cercueil et répondit :

— Je sais qui tu es, et tu sais qui je suis. C’est déjà ça.

— Notre mort ?

— Non, rien. Il doit me manquer…

Elle inspira profondément, grimaçant à l’odeur de renfermé qui l’envahissait, puis ferma les yeux pour se remémorer sa vie. Elle parvenait à retracer presque toute son existence : il lui manquait une année de souvenirs, au milieu, qu’elle n’avait jamais retrouvée ; celle que sa première mort lui avait coûtée.

Sa deuxième mort, elle, n’avait amputé que quelques mois, qui étaient finalement revenus petit à petit.

Quant à sa troisième… Astra remua nerveusement la jambe.

— Je crois que mes souvenirs s’arrêtent à…

Elle tourna brusquement la tête vers le cercueil de Miland et eut un mouvement de recul. Au milieu de l’amour, qui lui avait semblé si naturel, s’était soudain immiscée une colère profonde.

— Quoi ? lança Miland, sa voix se faisant plus forte.

— À notre rupture, répondit-elle sèchement.

Elle dut se lever et s’éloigner, alors que le mélange de tous ses sentiments créait un chaos infini dans son esprit. Elle revivait et ressentait tout, et tout d’un coup.

— Rupture ? s’étonna Miland.

Astraïde s’en était doutée : ses souvenirs étaient meilleurs que ceux de Miland. Le plus souvent, la première mort volait dix à douze mois de vie qu’on ne récupérait jamais. Miland ne se souvenait pas de leurs derniers moments ensemble.

— Je n’en sais pas plus, soupira Astra. Ça devrait me revenir…

D’ici quelques heures ou semaines, elle se souviendrait de – presque – tout. Avec son âge et sa force, elle pourrait peut-être même se rappeler sa mort… tandis que Miland gisait là, peinant à la chasser.

Enfin, il parvint à ouvrir son cercueil. Astra se précipita pour l’aider… avant de ralentir soudainement. Elle fronça les sourcils devant ses réflexes, qui paraissaient contredire ses souvenirs.

Sa colère fut finalement vaincue par son besoin irrépressible d’aider Miland. Elle fit glisser le couvercle jusqu’à mi-chemin, et le vampire put se redresser.

Ses cheveux étaient gris de poussière, et ses yeux émeraude se braquèrent immédiatement sur Astra. Elle était la seule histoire que son esprit racontait, en cet instant ; tout ce qui défilait était lié à elle. Comme l’étaient, certainement, tous les souvenirs qui lui manquaient.

Il observa le débardeur d’Astra, laissant apparaître sa peau et son sein. Il se détourna immédiatement et elle retint un sourire.

— Tiens, murmura-t-il sans parvenir à élever le volume.

Astra fronçant les sourcils, il ajouta :

— Ma chemise.

Pour la première fois, elle prêta attention à ce qu’il portait : une chemise bordeaux, ouverte, dévoilant un tee-shirt noir percé au niveau de son cœur.

— Au moins, on sait comment tu es mort… ironisa-t-elle.

N’ayant pas la force de le faire lui-même, Miland tendit le bras. Astra l’aida à retirer sa chemise et l’enfila par-dessus son débardeur. Elle se laissa envahir par la chaleur du tissu.

Alors qu’il retrouvait petit à petit ses forces, Miland observa le couvercle, qui masquait encore la moitié de son corps. Il passa la main sur la pierre, tâtonnant quelques instants.

— Ils ne sont pas inscrits, l’interrompit Astraïde. Ni le tien ni le mien.

Miland tourna brusquement la tête vers elle, ce qui le fit grimacer de douleur. Plaçant une main sur son cou, il répondit :

— Aucun de nos noms ? Mais… et les autres ?

— Tout est vide. Il n’y a que nous.

Et, sentant soudain le poids de leur solitude, ils se tournèrent vers l’entrée du caveau. Un couloir, au bout de la pièce, menait vers la sortie du souterrain.

Ils tendirent l’oreille : personne.

— Où est le maître ? souffla Miland, dans le silence soudain pesant.

— Ce n’est pas une science exacte, plaida Astra. Il peut manquer notre réveil d’une heure ou deux.

— Alors ça t’est déjà arrivé ?

Elle tourna lentement la tête vers lui, avant de serrer les lèvres.

— J’ai entendu dire qu’ils pouvaient parfois mal calculer l’heure… mais j’ai toujours été accueillie par le maître des caveaux. Thori devrait être ici… ou un successeur.

Miland voulut s’extirper de son cercueil ; peut-être un peu trop vite. Il serait tombé, comme Astra, si celle-ci ne l’avait pas rattrapé.

Elle l’aida à s’asseoir, avant de le lâcher brusquement. Il leva vers elle un regard confus, tandis qu’elle se détournait et annonçait :

— Je vais chercher à boire.

C’était leur seul espoir de retrouver toutes leurs forces après ce long sommeil.

Miland l’observa s’éloigner. Dans la nuit, leur éternelle alliée, il pouvait distinguer leurs corps fragiles, qui se comportaient comme des enfants apprenant à vivre. Comme si quitter la mort n’était pas si aisé, comme si une part d’eux lui appartenait encore.

Astra se laissa tomber sous une grande arche en pierre. Miland la connaissait rapide et invincible, et la découvrait ici hésitante, essoufflée. Mais, comme toujours, plus forte et plus vivante que lui.

Des alcôves rectangulaires étaient creusées dans trois pans de murs. Dans chacune d’elles trônaient deux longs coffres en granit, recouverts de la même poussière qu’Astra avait déjà chassée par le passé, et protégeant la même ressource dont elle venait s’emparer.

Astra ouvrit le premier coffre, qu’elle trouva vide. Le second l’était aussi, ce qui lui fit froncer les sourcils. Combien de Vespera étaient venus se nourrir pendant leur mort ?

— Miland ?

Elle enchaîna les coffres, l’angoisse la saisissant un peu plus à chaque fois.

— Miland !

Il tressaillit devant l’inquiétude dans sa voix, avant de la voir se précipiter vers le mur suivant, puis le dernier…

— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Miland, sortant d’un énième brouillard qui tentait de le rendormir.

Astra revint vers lui et lâcha :

— Il n’y a plus rien. Les réserves sont vides… il n’y a plus une seule fiole.

— C’est… impossible.

Il n’était jamais mort auparavant, mais tous les vampires étaient entraînés au réveil. Il savait que les réserves étaient strictement surveillées, en particulier quand le caveau était habité.

— Quelque chose ne va pas… marmonna Astra.

— Ils sont venus se servir ici ? Il aurait fallu que les réserves du clan soient…

Il tenta d’imaginer mais, de toute sa longue vie, il n’avait jamais connu d’année où les Vespera avaient dû puiser dans les réserves de leurs caveaux pour survivre.

— Ils n’auraient jamais vidé les coffres sans en laisser pour nous. Le maître nous aurait au moins laissé de quoi nous nourrir avant de sortir d’ici…

Astraïde se perdit dans ses pensées, puis tourna sur elle-même et examina les hauts murs en pierre, les arches, les statues, les gargouilles qui peuplaient les voûtes.

— On doit être à… celui du centre. Oui… centre du territoire. Le préféré d’Amaris.

Miland leva les yeux vers elle, confus.

— Tu reconnais le caveau ? Tu es déjà venue ?

— J’en ai visité quelques-uns…

— Tu plaisantes !

Miland avait en horreur les infractions à leurs lois ; qui peuplaient pourtant le quotidien d’Astra.

— Ton Sire… marmonna-t-il soudain. Il est le disciple de Thori.

— Raelinn m’a montré certains caveaux, confirma Astra. Même s’il n’aurait pas dû s’y rendre lui-même.

Elle l’avait avoué comme elle aurait annoncé la météo du jour, ce qui laissa Miland bouche bée.

— Oh, quoi ? répliqua-t-elle.

— La rupture me paraît soudain plus probable… lança-t-il alors qu’Astra le dépassait sans le regarder.

Elle ferma un cercueil vide, contre le mur, avant de s’en servir d’escabeau.

— Qu’est-ce que tu fais ?

Elle s’accrocha à un rebord, au bas d’une arche, et s’y hissa à la force des bras. La voyant faire, Miland soupira bruyamment ; elle retrouvait déjà une partie de sa force, et il ne tenait toujours pas debout.

— Qu’au moins l’un de nous serve à quelque chose, répondit Astra.

Elle appuya finalement un pied contre la statue d’un vampire sérieux, un ancien chef du clan des Vespera. Ainsi stabilisée, elle put libérer ses mains et déloger une pierre du mur.

— Tout est toujours là… souffla-t-elle en observant l’intérieur de la cachette.

Quand elle eut récupéré un objet sombre, le sécurisant avec précaution sous son bras, elle redescendit tout sourire. Alors qu’elle le rejoignait, Miland découvrit dans ses mains une petite boîte en fer, où Astra avait mis en sécurité deux rations de sang humain.

— Tiens, murmura-t-elle en lui tendant l’une des fioles.

À aucun moment, il ne lui vint à l’idée de laisser Miland mourir de faim. Elle avait beau ressentir une colère intense, qu’elle n’arrivait ni à expliquer ni à ravaler, elle n’était pas capable d’une telle cruauté.

Elle s’assit à côté de lui, avant d’arracher le bouchon en liège de sa fiole. L’odeur ferreuse du liquide imprégna enfin ses narines et elle la vida d’une traite.

Le sang coula du verre jusqu’à ses lèvres, puis dans sa gorge. La tête penchée en arrière, Astra serra les poings. Elle ferma les yeux, suivit la descente du sang dans sa trachée et sa poitrine. Alors, son corps se réchauffant, Astra sentit son cœur tressaillir. Enfin, il battit. Une fois, une seule, suffit à faire tourner dans ses veines le sang qu’il lui restait : celui de ses ancêtres humains, lié à celui de son Sire, le vampire qui l’avait transformée.

Cet unique battement de cœur fut comme une détonation qui réveilla tout son être.

Elle sentit se dissiper le sang qu’elle avait bu. Même s’il la nourrissait et la ravivait, il ne se mêlait jamais au sang qui coulait dans ses veines : celui-là ne pouvait être régénéré que par le long sommeil qu’elle venait de quitter.

À son tour, Miland but sa ration de sang. Le battement de son cœur reprit, pour un unique coup de canon, et il soupira d’un soulagement plus fort et plus bruyant que tous les gestes qu’il avait pu esquisser jusqu’à présent.

Il se leva, avant de parcourir la salle avec curiosité, d’un pas plus assuré.

Le voyant reprendre vie, son teint grisâtre ayant laissé place à l’ambré naturel de sa peau, Astra eut un sourire carnassier. Il était de retour ; celui qu’elle avait aimé, détesté, et… à qui elle avait pardonné ?

Elle se figea. Un sentiment nouveau s’était mêlé aux autres : l’apaisement. Elle observa Miland bouger, réveiller ses muscles… et la colère se tut. Il lui lança un sourire satisfait, étirant ses bras et sa nuque… et leur dispute lui parut sans importance.

— Tu caches des fioles dans tous les caveaux ? demanda-t-il enfin.

Mais Astraïde n’était plus d’humeur à s’expliquer. Alors que sa mémoire s’entortillait en elle dans une cacophonie difficile, elle se laissa retomber contre le cercueil de Miland. Ses premières morts l’avaient préparée, mais elle avait tout de même du mal à gérer l’afflux de souvenirs… non, pas vraiment des souvenirs… Il n’y avait presque pas d’images. C’était plutôt un son ici, une impression là, puis une vérité ou une certitude… Tout était décousu, et elle revivait mille vies à la fois.

Se dirigeant vers le couloir, seule sortie du caveau, Miland ne remarqua pas la détresse d’Astra. Autour de lui, des dizaines de cercueils s’étendaient en cercles successifs, comme une onde à la surface du sang.

Dans la nuit, tout lui apparaissait en noir et blanc. Si les vampires voyaient parfaitement toutes les formes, ils ne faisaient que deviner les couleurs ; les grandes tapisseries rouges, la lettre « V » dorée qui se répétait sur les moulures en granit, les rosaces noires gravées au plafond du caveau.

Miland serpenta entre les tombes ouvertes, accélérant le pas en approchant de la sortie. Habituellement, des marches blanches menaient à une porte en bois. Pourtant, dès que Miland tourna à l’angle et s’engouffra entre les deux murs serrés, il sut que quelque chose n’allait pas.

— Astra ?

Il le vit avant d’y être, mais se força à avancer jusqu’au bout. Quand il atteignit la marche la plus haute, il se trouva face à un mur. Un amas de pierres, montées les unes sur les autres, scellait le caveau jusqu’au plafond.

Il n’y avait plus aucune sortie.

— Astraïde !

Il dut toucher les imposantes pierres mal taillées pour accepter leur présence.

— Astraïde Vespera ! cria-t-il avec toute la force qu’il put retrouver.

Après quelques secondes, elle le rejoignit enfin. Elle eut le même réflexe : porter une main vers le mur, pour rencontrer ce qui les empêchait de regagner la surface.

— Quelqu’un nous a emmurés ?

— Qu’est-ce qui a bien pu se passer… murmura-t-elle.

Miland croyait à la mort, et à la résurrection. Il croyait aux vampires et à la sorcellerie ; au pouvoir du sang et au pouvoir du nom. Mais devant cette évidence, devant cette vérité, il avait du mal à croire.

Ils échangèrent un regard effrayé. Pendant des millénaires, les caveaux n’avaient jamais été fermés. Ils avaient été convoités, vidés, sous siège… On avait voulu les envahir, les brûler et les enterrer. Mais même face à leurs ennemis, même quand le clan avait faibli, les caveaux étaient restés impénétrables.

Parce que la magie qui les avait forgés en avait décidé ainsi.

— Tu crois que le clan… commença Miland.

Il n’osa pas terminer.

— Qui d’autre ? s’exclama Astra. Personne ne peut entrer ! Si quelqu’un a monté ce mur…

— Alors c’est un Vespera.

La première loi, de tous les clans, avait toujours été de ne pas s’en prendre aux siens. Mais ici, cinquante ans après s’être endormis, ils se réveillaient dans une tombe plus grande que leurs cercueils ; privée de noms, vidée de sang, coupée du monde.

Et c’était l’un des leurs qui l’avait bâtie.

À suivre…